• Historique et culture du lin

    L'histoire du lin remonte à des millénaires... Les plus anciens témoignages de l'utilisation du lin ont été retrouvés dans les vestiges des cités lacustres Suisses, 8000 ans avant J.C. Son lieu d'origine reste cependant imprécis. Le voyageur qui eût parcouru le monde depuis son origine l'aurait sûrement découvert sur le large plateau d'Asie Supérieure. Il l'aurait ensuite rencontré en Orient, aux Indes et en Chine. Mais c'est en Egypte et enfin en Europe que le lin se serait inscrit confortablement dans sa mémoire :

    L'homme, premier animal à peau nue, apprend très vite à se couvrir de peaux de bêtes qu'il assemble avec des fibres de lin repéré au cours de ses cueillettes. Beaucoup de peuples ont données au lin une origine divine... Dans la mythologie, Hilda, déesse de la terre, apprenait à l'homme l'art de cultiver et de tisser le lin. Les Egyptiens attribuèrent l'invention du lin à la déesse Isis, les grecs à Minerve, les Lydiens à Arachné.

    Le lin est l'une des premières fibres utilisées en Europe. Des fragments de tissus de lin datant de 10 000 avant Jésus Christ ont été retrouvés en Suisse. Les Égyptiens utilisaient pour leurs momifications des tissus de lin tellement fins que même nos technologies ne peuvent en reproduire de semblables. On a compté 360 brins pour constituer un seul fil et 500 fils au pouce dans un tissu. Plus tard l'usage du lin gagna les pays du bassin méditerranéen puis le nord de l'Europe. Le lin offre aussi sa graine pour la fabrication de pain aux céréales, très apprécié dans les pays d'Europe du Nord. C'est Philippe de Girard qui, avec son invention au début du XIXe siècle de la machine à filer le lin, permit au nord de la France de devenir l'un des premiers centres de filature industrielle d'Europe. Les origines du lin sont lointaines. Les premières traces remontent à 8000 ans avant J.C, son berceau de production reste encore incertain, probablement sur le large plateau d’Asie Supérieure. Toutefois c’est sous l’Egypte des pharaons que l’usage du lin a commencé à se développer. Le lin était alors confectionné en vêtements, tissus funéraires, voiles pour bateau, cordages ou filets. Les graines étaient consommées pour leurs qualités nutritives. A leur tour les phéniciens, les grecs et les romains ont adopté cette fibre naturelle.

  • Le lin intimement lié à l'histoire de l'Egypte...

    Ses fibres étaient utilisées pour la confection des vêtements et servaient pour la navigation; on en faisait des voiles, des cordages et des filets pour la pêche. Ses graines, quant à elles, passaient pour comestibles et nutritives.

    Nombreuses sont les références au lin dans la bible ..
    Il était chez les Hébreux un symbole de pureté et d'excellence.
    Dans le nouveau testament, il est dit que le linceul du christ était de lin.
    C'est dans tous les peuples civilisés de l'antiquité que son usage s'est largement répandu...
    Les Phéniciens achetaient le lin en Egypte et l'on introduit en Irlande, en Angleterre et en Bretagne. Parallèlement, ils devinrent les maîtres dans l'art de teindre; on leur doit le pourpre qu'ils tiraient de deux coquillages : le murex et le buccin, très abondants le long de leur côte. Aristophane raconte que, à l'instar des nobles Egyptiennes, les jeunes Grecques élégantes employaient pour se moucher des carrés de toiles de lin plutôt que des queues de renard selon la coutume de leurs ancêtres ! Les Romains quant à eux considéraient la culture du lin comme épuisante…Plus tard, sous l'empire, lorsque les goûts de bien être et de luxe se répandirent, le lin fit fureur. Pamphile, première " styliste " aimait habiller les femmes de ce " vent tissé " si léger.

  • Après l'effrondrement de l'Empire romain d'occident...

    Un certain chaos régna sur l'Europe... En ces années difficiles le lin fut presque abandonné, le peuple n'était alors vêtu que de cuir et de laine grossière. L'introduction du lin en France s'est faite dès le Moyen-Age, grace à ... Charlemagne !
    Charlemagne fût le premier à donner une impulsion à cet artisanat. Il encouragea le travail du lin dans les maisons par les servantes.
    C'est à partir du XIe siècle que le lin s'est généralisé en France...
    Quand les conditions d'existence devinrent moins dures, quand des villes et des états se formèrent, quand des échanges entre eux s'établirent et se développèrent le peuple reprit alors goût au lin. On lui reconnut aussi des valeurs hygiéniques : ses fibres, pensait on, pouvaient faire disparaître un grand nombre de maladies de peau, la lèpre en particulier. Ses graines, par ailleurs, servaient à la confection de cataplasmes émollients. Le peuple français était réputé pour son amour du lin de qualité...
    Nul n'ignore le matériau de la célèbre " tapisserie de Bayeux " que tissa Mathilde épouse de Guillaume duc de Normandie. Au XIIIe siècle sa culture s'est développée dans plusieurs provinces, notamment en Flandre, en Bretagne et en Anjou. Au XVIIe siècle...
    Colbert organisera la production de toiles fines en faisant venir de Flandre des tisserands spécialisés. Il encouragea avec succès la création de filatures et de manufactures de dentelles. Au siècle des lumières...
    Le lin avait France la suprématie. Toiles à voiles d'Abbeville, toiles fines de Cambrai, toiles blanches ou imprimées d'Alsace, blouses, dentelles, mouchoirs, fils à coudre de Lille, etc... tout était en lin. Près de 300.000 hectares étaient consacrés à sa culture. Un hectare de lin donnait 2500 kg de pailles et 625 kg de fibres. Chaque hectare exigeait 1000 journées pour la culture, 3000 pour le filage, 1500 pour le tissage. Environ 4 millions d'ouvriers vivaient en France du lin. A cette époque encore, la culture du lin, le travail des fibres, le filage et parfois même le tissage se pratiquaient à la ferme. Rien n'avait changé depuis le Moyen-Age. Seul progrès technique : le rouet remplaçait lentement le fuseau.


    Le lin est introduit en France par Charlemagne. C’est à partir du XIe siècle que l’utilisation du lin s’y généralise. La tapisserie de Bayeux est l’exemple le plus célèbre de la présence du lin à cette époque. Au XIIIe siècle sa culture se développe dans les Flandres, la Bretagne et l’Anjou. C’est au XVIIe siècle que le lin atteint son apogée. Il rentre alors dans la fabrication des toiles fines de Cambrai, des toiles dites "Bretagne superfine", des dentelles comme celles du point d’Alençon, des blouses, des mouchoirs. Les surfaces cultivées atteignent 300 000 ha avec un rendement de 600 kg de fibres par hectare. AU XIXe siècle la filature et le tissage entrent dans l’ère de l’industrialisation. En France les petits lots produits par les fermes ne conviennent pas aux industriels. Les surfaces de lin chutent à 100 000 hectares. Ce déclin est accentué par l’utilisation intensive du coton. La production française ne sera plus que de 20 000 ha. avant 1945. Après la seconde guerre mondiale, l’arrivée en France d’agriculteurs Belges relancera la culture du lin pour atteindre 50 000 ha. Les décennies suivantes verront l’apparition de la mécanisation agricole, de la création variétale, du perfectionnement du teillage.

  • La révolution industrielle

    1801 : Joseph-Marie JACQUARD inventa la mécanique qui porte son nom : un seul ouvrier pouvait tisser mécaniquement des étoffes aux dessins compliqués grâce à un carton perforé reproduisant de façon agrandie un dessin original.
    1810 : Philippe de GIRARD mis au point un système complet de filature de lin qui sera perfectionné jusqu'au début du XXe siècle. Le travail à l'usine remplacera progressivement le travail à la maison.
    1810-1850 : le développement des filatures mécaniques ne favorisa pas la culture. Les petits lots que produisaient les fermes ne convenaient pas aux industriels qui achetaient les matières en Hollande, en Belgique et surtout en Russie. En France, la culture du lin déclina ; elle ne représentait plus que 100 000 hectares en 1840. Les 5 premières régions de productions étaient alors le Nord (17 700 ha), la Bretagne (17 000 ha), les Pays de Loire (14 200 ha), Midi-Pyrénées (13000 ha) et la Basse-Normandie (8 000 ha).
    Entre 1850 et 1900
    Le lin universel fut dévoré par le raz-de-marée du coton. Sa culture connu une régression qui persistera au XXe siècle. Entre 1900 et 1945
    La production en France restera faible (environ 20 000 ha). La filature de lin française s'approvisionnait pour les trois quarts en Russie. La guerre de 1914-1918 tari durablement la plupart des sources d'approvisionnement.
    Après la seconde guerre mondiale... De nombreux Belges s'installèrent en France, attirés par les subventions accordées pour encourager la multiplication d'unités mécanisées de préparation des fibres. Les surfaces ensemencées augmentèrent (environ 50 000 ha) et les cours suivirent. Les qualités des fibres étaient pourtant médiocres. Le machinisme n'a pas encore véritablement atteint cette culture.

  • A partir de 1955...

    La culture et la transformation agricole du lin vivent leur révolution technique.
    • Les hollandais puis les Français sélectionnent de nouvelles variétés présentant des rendements améliorés : 1300 kg de fibres par hectare en 1970 contre 800 kg en 1900, 1500 kg aujourd'hui.
    • Des variétés sont sélectionnées spécifiquement pour la production de fibres, d'autres pour la production de graines.
    • Le semoir mécanique remplace le semis " à la volée ". Le semoir pneumatique l'a aujourd'hui supplanté.
    • Des spécialités phytosanitaires apparaissent qui permettent de lutter efficacement contre les ravageurs, les mauvaises herbes, les maladies, la verse.
    • L'arrachage mécanique se répand. Les retourneuses et les ramasseuses lieuses apparaissent; elles sont tractées. Depuis 1960, elles sont remplacées progressivement par des machines automotrices.
    • La transformation agricole du lin (le teillage) se mécanise et se perfectionne.
    • Les outils les plus modernes d'acquisition des connaissances sont peu à peu intégrés : veille technologique, stations d'essais de cultures et de machines, formation permanente, etc...


    Aujourd’hui la culture et la transformation se sont industrialisées, le lin n’en a pas perdu pour autant son caractère noble et naturel, alliant tradition et modernité.

    Le lin cultivé est une plante annuelle de la famille des Linaceae cultivée principalement pour ses fibres, mais aussi pour ses graines oléagineuses. Les fibres du lin permettent de faire des cordes, du tissu, ou plus récemment des charges isolantes pour des matériaux de construction. Les graines sont utilisées pour produire de l'huile de lin (pour l'industrie de l'encre et de la peinture) et des aliments pour animaux pour sa richesse en oméga-3. Le lin est une des rares fibres textiles végétales européennes. Elle a la particularité d'être une fibre longue (plusieurs dizaines de centimètres), par rapport aux fibres courtes (le coton, le chanvre) ou moyennes (la laine)

  • Culture du Lin

    La culture du lin est particulièrement délicate. En effet, planté au printemps, le lin pousse en « 100 jours ». Cette courte période végétative rend difficile tout rattrapage en cas d'incident (mauvaise levée, conditions climatiques défavorables...). Le lin doit pousser suffisamment pour avoir un rendement satisfaisant, mais pas trop sinon il est trop fin. Le lin, ayant une racine pivot, doit être planté dans une terre finement préparée. Cette préparation de terre puis le semis nécessite des conditions climatiques optimales, et un réel savoir-faire de la part de l'agriculteur. Par ailleurs, le lin est une plante exigeante pour les terres, d'autant plus que toute la plante, racine comprise, est récoltée, exportant beaucoup de matières organiques hors des champs. Le liniculteur choisit la variété de lin textile suivant les caractéristiques de chacune d’entre elles et les particularités de ses parcelles. En fonction des conditions climatiques, les semis ont lieu entre le 1er mars et le 15 avril. 120 kilos de semences certifiées sont alors semées par hectare pour obtenir un peuplement d’environ 1.800 plantes au mètre carré. Cette densité assure le meilleur rapport entre le rendement, la résistance à la verse et les qualités de fibres. Le lin est une culture qui demande peu d’engrais et peu de produits phytosanitaires. A ce titre sa culture contribue pleinement à la préservation de l’environnement.Six semaines après les semis, le lin mesure déjà une hauteur de 10 à 15 cm.









    La floraison intervient autour du 15 juin, les champs se parent alors d’une subtile couleur bleue pendant à peu près une semaine. Les fibres ont alors atteint leur longueur maximale. Les capsules contenant les graines vont se former au cours des 15 jours suivant la floraison. La récolte commence vers le 15 Juillet, les lins, trop difficiles à couper, vont d’abord être arrachés, ce qui préserve les fibres les plus longues, et déposés au sol sous forme d’andains par les arracheuses. Rapidement, après l’arrachage, les lins vont être écapsulés. Les ecapsuleuses-batteuses vont reprendre les andains afin de récupérer les graines de lins. Après avoir été triées et traitées, ces graines serviront de semences pour l’année suivante ou exploitées (huile, aliment...). En fonction des conditions climatiques, des caractéristiques des lins semés et des parcelles, les lins vont rester au sol entre 2 semaines et 2 mois pour le rouissage. Culture du lin
    L'Europe est le premier producteur de fibres de lin au monde, avec 2/3 de la production mondiale, cultivés sur environ 110 000 ha. En France, sa culture est pratiquée depuis la frontière belge jusqu'à la plaine de Caen La transformation de la plante en fibre respecte l’environnement : contrairement aux fibres artificielles telle la viscose, il n’a besoin ni d’énergie ni de solvants pour se transformer en fibre. Le rouissage, procédé naturel destiné à favoriser l’extraction des fibres consiste à laisser le lin dans le champ, pour bénéficier d'un juste dosage de pluie et de soleil ; le lin a ainsi des "crus" en fonction de la météo et des nuances propres à chaque terroir. Suit le teillage, dernière étape avant peignage et filature.


    Les fibres sont des cellules situées dans la tige entre l’écorce et le bois. Les fibres forment des massifs (ou faisceaux) disposés en un arrangement circulaire autour du bois. Dans la direction longitudinale, les fibres sont collées les unes aux autres, très fortement soudées par un ciment interstitiel de telle sorte que les faisceaux fibreux présentent une longueur sensiblement égale à celle de la tige. Dans la section complète de la tige, on compte 20 à 40 faisceaux composés chacun de 20 à 40 fibres. La longueur des fibres varie entre 10 et 100 mm, leur diamètre varie de 20 à 40 microns. A maturité des plantes, les fibres représentent environ 25% de la masse séche des tiges.

    A maturité, les cellules fibreuses sont complètement remplies de différentes couches de parois. De l’extérieur vers l’intérieur on distingue la paroi primaire PI, puis les trois couches S1 à S3 de parois secondaires. Les parois secondaires qui assurent l’essentiel des propriétés mécaniques des fibres sont composées de microfibrilles de cellulose unidirectionnelles entourées de polysaccharides matriciels appelés pectines ou hémicelluloses. La cellulose est un homopolysaccharide composé d’unités β-D-glucose liées entre elles par une liaison (1,4). Les différentes chaînes de cellulose sont reliées par des liaisons Hydrogène reproduites de façon très régulières entre les groupements OH des différentes chaînes. Les pectines sont les polysaccharides les plus importants avec la présence de galactanes et de rhamnogalacturonanes de type I. Les hémicelluloses sont essentiellement des β-1-4 glucanes mais également des glucomannanes, galactomannanes … Le rôle des pectines est, d’une part, d’assurer la cohésion entre les faisceaux de fibre en se complexant avec les ions calcium et, d’autre part, dans la paroi secondaire de faire une matrice enrobant les microfibrilles de cellulose. Les fibres comportent également d’autres polymères chargés négativement et des protéines (notamment riche en glycine). La composition des fibres varie selon l’origine et la variété de la plante.

    Rouissage
    À maturité le lin est arraché, et non pas fauché, et couché dans le champ en andains. Commence alors la période de rouissage. Le rouissage est la dissociation des parties fibreuses de la plante en éliminant la pectose qui soude les fibres (filasse) à la partie ligneuse sous l'action combinée du soleil et de la pluie. Le rouissage nécessite suffisamment d'eau pour que la sève et les résines qui collent les fibres entre elles disparaissent, mais pas trop pour que les fibres soient intactes. Le rouissage est une opération très importante de la production de lin. C'est lui qui fait en grande partie la qualité du lin. Il existe plusieurs techniques de rouissage. Traditionnellement en Belgique et en France le rouissage s'effectuait en rivière où l'on faisait tremper les bottes, donnant à l'eau une couleur rousse et une odeur nauséabonde provoquées par la décomposition bactérienne ; cette technique est interdite par l'Union Européenne pour des raisons environnementales. Le rouissage à l'eau en cuve quant à lui a quasiment disparu depuis les années 1980. Le rouissage à l'eau donnait une toile plus blanche et un résultat moins aléatoire que le rouissage à l'air (sur champ). Pour l'anecdote, dans l'Oise, on rouissait le lin dans des bassins creusés dans le sol, qui s'appelaient en patois "Poc à Lin" (Poche à lin). Ce nom a donné celui de Poclain, célèbre constructeur aujourd'hui disparu de pelleteuses hydrauliques au Plessis-Belleville. On est alors revenu à la technique la plus simple, le rouissage sur champ où le lin est étendu sur le champ pendant plusieurs semaines. Mais il est tributaire du temps qu'il fait. Si le lin est trop roui, il est brûlé dans le champ (obligatoire, car les fibres pourrissant difficilement et donc lentement, favorisent des maladies pour la culture suivante). Si le lin n'est pas assez roui, il est non teillable et donc invendable. Le vent est encore un ennemi du lin au rouissage. Quand il souffle trop, on retrouve le lin en paquet, emmêlé en bout de champ. Toutes ces difficultés font que la production de lin est limitée à certaines régions et très hétérogène d'une parcelle à l'autre (un orage localisé suffit pour changer la qualité). Comme pour le vin, on parle souvent de cru et de terroir pour le lin. La forte probabilité d'une mauvaise récolte (on parle d'une bonne récolte tous les 10 ans) voire la possibilité de tout perdre font du lin une culture peu intéressante d'un point de vue purement économique. Par contre, le lin est une tête de culture qui permet une terre de meilleure qualité pour avoir de meilleures récoltes sur des plantes plus faciles.

    Teillage
    L'étape suivante est le teillage. Le teillage est la séparation des fibres du bois de la plante. Le mot vient de tilleul, le teil, instrument manuel à levier utilisé pour briser le bois et extraire les fibres. Lors du teillage, les graines de lin sont récupérées, puis la tige est battue pour enlever le bois. Les morceaux de bois récupérés sont appelés les « anas ». La fibre ainsi récupérée est séparée en fibre longue et en fibre courte (les « étoupes »).

    PROCÉDÉ DU TEILLAGE :
    Après la récolte les pailles de lin sont travaillées tout au long de l’année dans les usines de teillage. Cette première transformation de la paille a pour but d’extraire les fibres des tiges rouies.Arrivées à l’usine, les pailles sont déroulées et étalées sous forme d’une nappe. Le travail de l’opérateur est très important pour obtenir une nappe bien régulière, dont la densité est d’environ 2 kg par mètre linéaire.Lors de l’étirage, l’épaisseur de la nappe diminue progressivement en passant entre une série de disques dentés. Durant cette phase, sa vitesse linéaire est multipliée par 8 par le diviseur. Les pailles sont ensuite broyées par des cylindres cannelés, à grosses dentures au début puis à fines dentures par la suite. Elles passent sous la cannelures des rouleaux avec un angle proche de 90° pour rendre le broyage plus efficace. Cette opération se fait alternativement coté pied, le bas de la tige, et coté tête, le haut de la tige. Les fragments de pailles, appelés anas, sont récupérés par aspiration.Lors de l’écangage, les fibres sont nettoyées par des tambours, munis de lames de faible épaisseur. Elles frottent les tiges à une vitesse proche de 200 tours/min. Cette vitesse est adapté en fonction des caractéristiques de chaque lot de paille. L’opération est effectuée successivement côté pied et côté tête.Un hectare de lin produit en moyenne entre 1 200 et 1 400 kg de lin teillé.

    Peignage
    Le peignage est la seconde transformation du lin. C’est une préparation du lin teillé pour la filature. Les faisceaux de fibres vont être divisés et parallélisés. L’opérateur forme une nappe à partir du lin teillé. Celle-ci doit être la plus régulière possible pour que le peignage se réalise dans de bonnes conditions.Les peignes sont garnis d’aiguille de plus en plus fines, ils sont supportés par des tabliers rotatifs.Les fibres vont être divisées de plus en plus finement au cours de leur avancée.Le peignage des pieds se réalise en premier puis dans un deuxième temps celui des têtes.En sortie de peigneuse, les fibres sont présentées en poignées grâce à l’action du séparateur situé entre le travail des pieds et des têtes.Une pince les saisit et les dépose de manière à ce qu’elles se chevauchent sur une étaleuse.Des barres munies de pointes appelées gills permettent de maintenir les fibres parallèle et de contrôler leur masse pendant qu’elles ont étirées par un rouleau en bois.Un ruban de lin peigné est ainsi formé.Les pots de ruban pressés aussi appelés bumps d’une longueur de 600 m à un kilomètre, selon les spécifications des clients, sont identifiés et conditionnés pour être expédiés en filature.

    Utilisations
    Les fibres peuvent être ensuite cardées, peignées et mises en ruban. Les caractéristiques techniques de la fibre de lin sont assez exceptionnelles. Le lin peut absorber beaucoup d'eau. C'est une fibre très résistante et très fine. Elle a l'avantage par rapport à ses concurrentes synthétiques de ne pas souffrir des UV du soleil. Les fibres longues, la partie la plus noble, deviennent toile de lin, utilisée par la confection de luxe. Mais le lin est défavorisé car sa filature nécessite des machines fibres longues plus rares, et donc plus chères, que les machines fibres courtes comme le coton et la laine. Il existe néanmoins des procédés pour couper les fibres en morceaux de quelques centimètres pour les passer sur les métiers à tisser coton. Les fibres courtes ou « étoupes » étaient valorisées en papier ou en ficelle. De nouveaux débouchés techniques sont apparus tirant parti des qualités du lin. Ainsi on trouve, selon leur qualité, des étoupes de lin dans le rembourrage de siège (le lin absorbe la transpiration) ou comme charge dans les moulages plastiques pour améliorer la solidité en remplacement de la fibre de verre (dans les pare-chocs par exemple). Des applications nouvelles en non-tissés apparaissent dans la fabrication de membranes respirantes dans le bâtiment, en écran de sous-toiture ou en "house-wrapping".


    La France est le principal pays d'Europe à cultiver le lin textile, essentiellement en Flandre, en Picardie, en Normandie, en Bretagne et dans le Pas-de-Calais. La fibre de lin française est considérée comme la meilleure du monde.
    Le lin connait un renouveau spectaculaire. En France, les surfaces cultivées sont passées de 5 000 à 15 000 hectares pour le lin graine entre 2002 et 2007.
    L’Europe de l’Ouest, de la Normandie au Pays-Bas, est mondialement reconnue pour la finesse et la résistance de ses fibres de lin.
    Grâce à son terroir unique et son climat favorable, ses fibres seront utilisées pour la fabrication de fils de moyenne à haut de gamme.

    En France, la transformation du lin en filasse est assurée par des coopératives et des teilleurs privés. Pour que le produit puisse être utilisable par l’industrie textile, les filasses doivent être peignées pour ensuite être envoyées vers les filateurs (principalement localisés en Chine) puis les tisseurs (en Italie et dans les Pays de l'Est). La Chine achète tous les ans 80 à 85 % de la production mondiale de filasses qu'elle réexporte ensuite à travers le monde, sous forme transformée.

    Le saviez-vous ?
    • Avec 100 kg de paille de lin, on obtient : 50 kg d'anas, 16 à 20 kg de lin teillé, 10 à 12 kg d'étoupes et 5 à 10 kg de graines, le reste se compose d'impuretés.
    • Avec 1 ha de lin, on produit au total :
    Filière textile : 800 chemises, 1 500 chemisiers, 500 jupes, 100 draps, 100 nappes, 100 rideaux.
    Filière non tissé : 1 000 panneaux de portières automobiles.
    Anas : 300 m2 de paillage écologique.
    Filière graine : 200 kg de tourteaux et paillettes (aliment du bétail) et 100 litres d'huiles de lin (peinture).


    Aujourd'hui...
    La culture et la valorisation du lin nécessitent un savoir faire étendu qu'entretiennent amoureusement les agriculteurs et l'industrie linière française. Ainsi permettent-ils au lin de conserver toutes les qualités de ses fibres et de ses graines avec lesquelles peuvent jongler les technologies contemporaines... En raison de la brièveté de son cycle, le lin est une espèce sensible aux conditions de sol et de climat. Cette particularité a des conséquences fortes sur les qualités des productions. Le lin graine est une culture d’automne ou de printemps. Le suivi en culture, en particulier la maîtrise des mauvaises herbes, constitue un facteur important du rendement. L'itinéraire cultural ne doit rien laisser au hasard ; assurer la production de graines de très bonne qualité impose aux producteurs une forte attention et une grande disponibilité au moment de la récolte.